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03/02/2009

Le succès d'un établissement de viande halal à New York

Repris par le fils du fondateur, l'abattoir a maintenant une majorité de clients non musulmans...

New York - Dans les jours qui précèdent les grandes fêtes islamiques, Ozone Park, un quartier excentré de New York, déborde soudain d'une activité inhabituelle. Une longue file d'attente se forme entre des petits bâtiments à côté d'un enclos qui abrite plusieurs centaines de chèvres et d'agneaux.

Logo Halal.jpgNous sommes chez Madani Halal, un établissement familial prospère fondé en 1996 par un immigrant bangladais et repris en 2003 par son fils né en Amérique. En partie grâce au nombre croissant d'immigrés aux États-Unis, cet établissement est en pleine expansion et deviendra bientôt, après 2 millions de dollars d'investissements, une entreprise de vente en gros de volailles....

 


Les uns après les autres, les clients choisissent un animal, qui est pesé et ensuite abattu selon le rite islamique : un boucher invoque le nom d'Allah avant d'égorger l'animal.

Nous sommes chez Madani Halal, un établissement familial prospère fondé en 1996 par un immigrant bangladais et repris en 2003 par son fils né en Amérique. En partie grâce au nombre croissant d'immigrés aux États-Unis, cet établissement est en pleine expansion et deviendra bientôt, après 2 millions de dollars d'investissements, une entreprise de vente en gros de volailles.

Riaz Uddin, 73 ans, vit aux États-Unis depuis son arrivée à Boston en 1956. Il a d'abord été plongeur puis cuisinier dans un restaurant kasher. Il a épousé une catholique portoricaine et ouvert deux bars à New York - une ascension sociale typiquement américaine. Mais il n'était pas pour autant heureux.

En 1992, une opération chirurgicale à cœur ouvert a conduit M. Uddin à faire le bilan de sa vie. Un jour, en proie à de sombres sentiments, il s'est rendu en voiture sur l'une des jetées de New York. « J'ai contemplé l'eau et je me suis dit : Qu'est-ce que je suis en train de faire de ma vie ? »

M. Uddin s'est alors souvenu d'un poète bangladais qui avait écrit qu'il n'était jamais trop tard pour changer. Il a arrêté de fumer comme un pompier et de parier sur les courses de chevaux. Sa fille aînée, qui enseigne la culture islamique dans une université américaine, lui a suggéré de mettre à profit l'expérience qu'il avait acquise au restaurant kasher pour ouvrir une boucherie halal (c'est-à-dire conforme au rite islamique, qui est similaire aux règles alimentaires kasher du judaïsme.)

Il a ainsi ouvert l'établissement Madani Halal en 1996 à Ozone Park, un quartier de Queens (l'une des divisions administratives de New York) peuplé d'ateliers de réparation de voitures et de petites usines. Au cours des dix dernières années, les familles italiennes, irlandaises et juives qui vivaient dans les maisons alentour ont progressivement laissé place à des immigrants d'Asie, d'Afrique et des Caraïbes. Un petit centre de prière islamique à la façade verte a ouvert à proximité de l'entreprise de M. Uddin.

À l'intérieur de l'établissement Madani Halal, on entend le caquetage et les gloussements incessants de 25 types de volailles encagées - poulets, canards, cailles, pigeons, pintades et faisans - qui correspondent aux différents goûts des immigrés de nombreux pays. La plupart des volailles viennent de fermes de la Pennsylvanie exploitées par des membres de la communauté amish. Les chèvres et les agneaux sont élevés en liberté dans des fermes du Texas.

 

La prochaine génération

 

Imran Uddin et des salariés de l'abbatoir et boucherie Madani Halal à Queens (New York).

Il y a quelques années, M. Uddin, qui avait alors près de 70 ans, a décidé qu'il ne pourrait plus diriger cette exploitation bien longtemps et a envisagé de la vendre. Son seul fils, Imran, était alors employé comme négociant d'espaces publicitaires à l'agence de publicité McCann-Erickson, mais était de plus en plus insatisfait de son travail. « C'était amusant d'aller aux réceptions et je gagnais beaucoup d'argent », se souvient-il. « Mais c'était un domaine d'activité artificiel. »

Bien qu'Imran Uddin ne se soit jamais particulièrement intéressé à la culture bangladaise ni à la religion musulmane de son père, il décida d'essayer de prendre la direction de l'exploitation et y prit vite goût. « Bien sûr, c'est une activité commerciale », explique-t-il à America.gov. Mais l'aspect religieux de cette activité donne un sens supplémentaire à son travail. « J'ai vu à quel point cette exploitation est importante pour les membres de la communauté ; à quel point ils comptent dessus. »

« Cela m'a permis d'approfondir ma culture et ma foi. »

Un matin, récemment, un immigrant de Dubaï est venu acheter une chèvre pour un festin qu'on organisait à l'occasion du mariage de sa fille. Cet homme, qui a préféré ne pas donner son nom, a choisi Madani Halal parce que, dit-il, M. Uddin semble être un bon musulman. « Je l'ai observé à la mosquée », explique-t-il. Et il ajoute que la viande est fraîche dans cet établissement. « Elle est découpée sous mes yeux, selon le rite islamique. »

Le jeune Imran (31 ans) a modernisé l'exploitation familiale, en introduisant l'informatique pour l'inventaire et la facturation et en établissant un site Web. Mais il continue à égorger lui-même les animaux les plus grands. Il avait commencé à le faire pour vaincre le scepticisme de clients de longue date, dont certains doutaient de sa volonté d'appliquer strictement la méthode halal.

L'exploitation familiale emploie maintenant 13 personnes. Contrairement à ce qu'on pourrait attendre, les deux tiers des ventes se font à des non-musulmans. De nombreux immigrés non musulmans de pays du tiers-monde ont l'habitude de voir en vie dans leur boucherie les animaux qu'ils vont acheter avant qu'ils soient tués et viennent donc acheter leur viande chez Madani Halal. Il arrive que des membres d'une congrégation juive conservatrice s'approvisionnent également ici. « Les rites [alimentaires] juifs et islamiques sont très similaires », explique Imran Uddin. « Ils nous font confiance. »

Le secteur de la viande halal connaît depuis peu une croissance spectaculaire. Il y a trente ans, on ne comptait qu'un ou deux bouchers halal à New York, travaillant en plus à temps partiel, indique Muhammad Chaudry, président du Conseil islamique de l'alimentation et de la nutrition pour l'Amérique, l'une des organisations de certification de l'alimentation halal (il y en a une demi-douzaine en tout). Aujourd'hui, on dénombre plus d'une centaine d'établissements halal dans la région, dit-il.

Depuis qu'il a repris l'exploitation de son père il y a cinq ans, Imran Uddin a acheté un bâtiment voisin pour un million de dollars et a investi également un million de dollars dans du matériel flambant neuf qui sert à abattre et à empaqueter de la volaille halal. Il compte engager huit personnes de plus.

M. Uddin père peut maintenant prendre sa retraite l'âme en paix. « Mon fils continuera à réaliser mon rêve. »

Pour en savoir plus sur cet établissement, veuillez consulter le site Web de Madani Halal.

Le documentaire, couronné de prix, sur Imran et Riaz Uddin intitulé A Son's Sacrifice est présenté sur le site Web des producteurs.

Source : America.gov - Par Burton Bollag

                27 janvier 2009

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